kafteji

Les choix sociaux de plusieurs entreprises s’étaient portés depuis les années 80 et 90 vers la Restauration Collectiveen Intra-entreprise. Plusieurs établissements avaient investi dans des locaux et équipements adéquats (cuisines, buvettes, salles de restauration etc.). Le secteur Tertiaire pour ne citer que lui occupait une place de choix et en particulier le secteur Financier (Banques, Assurances).

Puis arrivait la mode des Tickets Resto, certes un avantage social très prisé par les employés, mais qui théoriquement n’aurait du avoir aucun impact sur la pérennité de la Restauration en intra-entreprise, puisque de toute façon et comme c’est encore le cas en Europe, ces tickets Resto sont valables dans tous les restaurants en intra ou en extra entreprise.

Ce n’était pas le cas en Tunisie, puisque bien avant l’année 2000, un net recul dans la politique de Restauration d’entreprise fût enregistré et un certain consensus (spontané ou imposé ?) se mettait en place dans les établissements en particulier financiers pour mettre en exergue tous les aspects négatifs et les inconvénients sociaux et financiers de ce type de restauration. Certes, au sein d’un pays sous régime répressif et pour limiter au maximum les rassemblements sociaux (personnel d’une même entreprise réuni à l’occasion du déjeuner de façon périodique ou quotidienne), l’option d’abandonner ce type de restauration ne pouvait être qu’une aubaine pour ce régime, d’autant plus qu’à l’époque certains dirigeants d’entreprises  en ont profité pour carrément imposer au référendum un choix honteux entre Tickets Resto et Restauration d’entreprise ; d’ou l’arrêt de mort de ce type de restauration avec la bénédiction de tous les acteurs sociaux.

En tant que Médecin du Travail, j’estime qu’avoir abandonné la Restauration d’entreprise est une grossière erreur de politique de Santé de la part des anciens dirigeants. En effet, les données sont formelles : le temps imparti pendant la pause déjeuner est insuffisant pour permettre aux employés de rentrer déjeuner à leur domicile, il est aussi parfois insuffisant pour faire la queue en centre ville dans un restaurant publique, d’ou une grande majorité des employés qui optent pour la Restauration rapide (type Fast Food et Gargottes en tout genres), avec des repas déséquilibrés riches en graisses (œufs, frites et fritures variées et douteuses).

A ce titre, les résultats préliminaires d’une étude comparative des Taux de lipides (graisses : cholestérol et Triglycérides) dans le sang d’une même frange de population de salariés du secteur tertiaire effectuée par mes soins entre l’année 2000 (avant la date de suppression du restaurant d’entreprise en 2002) et l’année 2006, a montré suite au changement de leurs habitudes alimentaires (déjeuners en restauration rapide et divers sandwichs) que l’Incidence des Dyslipidémies (Hypercholestérolémies et Hypertriglycéridémies) sur 6 ans était de : 36,3% de Nouveaux Cas ; par ailleurs une progression de 9% des Dyslipidémies déjà connues avait été enregistrée.

Ces chiffres sont pour nous Médecins très alarmants et placent cette tranche d’employés sous surveillance médicale renforcée par la Médecine du Travail, vu les risques plus que probables à long terme de pathologies vasculaires et en particulier cardio-vasculaires.

En 2008 déjà, je réagissais à ces résultats par la transmission des données de mon étude (sous le seau de la confidentialité) au premier responsable de cette entreprise financière, accompagnée bien sûr d’une petite recommandation sous forme d’un appel à revoir et à réfléchir de nouveau sur les bienfaits et les avantages de la Restauration Collective en entreprise (les locaux et les équipements étant encore disponibles).

Je vous fais part à mon grand regret de la suite réservée à ma recommandation : une irritabilité et un agacement total de ce haut responsable d’avoir été « dérangé » par des écrits émanant du Médecin du Travail (officiellement le temps de Monsieur est trop « précieux » pour en consacrer à ce genre de sujets, mais en réalité ce sujet est plutôt tabou et assez délicat ). Bien sûr je n’avais eu aucune réponse sur le fond (quant à mon étude) ; par contre j’accusais une réponse claire sur les faits (ou plutôt par rapport à mon initiative) et ce sous forme de ma mise « au placard » avec tracasseries en tout genre et ce jusqu’au 14 janvier 2011 date de la Révolution Tunisienne.