statue_de_la_liberteAussi bien en France qu’en Tunisie, la Médecine du Travail demeure encore sous forte dépendance des employeurs. Qu’elle soit en Services Interentreprises ou en Services Autonomes, l’administration du service de Médecine du Travail reste malheureusement encore sous influence totale de l’employeur.

En Tunisie, le recrutement des Médecins du Travail a lieu conformément à un modèle de contrat type arrêté par le Ministère des Affaires Sociales (arrêté du 27/10/2003). Cependant ce type de contrat n’insiste pas assez sur l’indépendance professionnelle du Médecin du Travail comme c’est le cas en France. En effet il aurait été indispensable de renforcer l’Article tunisien relatif à cette indépendance professionnelle par un paragraphe fondamental (présent sur le modèle de contrat français) et qui est le suivant : « le Dr……..exerce l’ensemble de ses activités médicales en toute indépendance, ……et n’est soumis à un lien de subordination à l’égard de son employeur que pour la détermination de ses conditions de travail, sur le plan administratif ».

Vous me direz, cela n’a pas empêché les Médecins du Travail en France d’être encore « sous influence » pour certaines décisions professionnelles, cependant leur indépendance médicale n’a encore jamais été ouvertement remise en question par aucun employeur, comme c’est malheureusement encore le cas en Tunisie puisque des confrères Médecins du Travail continuent encore à me rapporter de vraies anecdotes d’entreprises ou des responsables choisissent les modalités de prélèvements sanguins, tracent et instaurent des Plans d’action pour le Service Médical, choisissent la marque d’un vaccin pour une campagne de dépistage, sont tenus au courant des différentes pathologies présentes et de leurs propriétaires, planifient et autorisent le Tiers Temps du Médecin et les lieux à ne pas visiter, décident même de l’opportunité d’une visite médicale spontanée et enfin dirigent, fixent l’ordre du jour, concluent et imposent le procès verbal d’une réunion dela CSSTdont ils fixent à leur convenance  la périodicité jusqu’à la rendre annuelle ou simplement circonstancielle !

En Tunisie, un bon nombre de Médecins du Travail de grandes entreprises (généralement 500 employés et plus) recrutés à temps plein ont choisi l’option de l’intégration statutaire au sein de l’entreprise ; ils sont à ce jour titulaires de leur poste selon un grade ou un échelon hiérarchique identique à celui des autres employés. Certains d’entre eux ont même bénéficié de l’avantage d’une fonction spécifique à caractère administratif en plus de leur rôle de Médecin dans l’entreprise (fonction généralement en relation avec des postes de Management de Services Sociaux, de sécurité ou de logistique).

Pour ma part, j’ai refusé cette intégration qui m’avait déjà été proposée après mes 10 premières années de responsabilité ; à mon humble avis et tout en respectant ces choix émis par les confrères, je ne pense pas qu’un Médecin du Travail (et ayant bien sûr fait le choix de cette Spécialité) devrait dévier de son rôle classique et primordial d’homme de terrain pour se placer au service d’une administration et d’une bureaucratie, car de telles nouvelles responsabilités lui prendraient à coup sûr la majorité de son temps de travail et il rejoindrait le modèle de Médecin administrateur ou bureaucrate lequel constitue en fait un autre choix de carrière tout à fait différent d’emblée. Par ailleurs, une telle intégration statutaire placerait le Médecin du Travail en position de véritable subalterne par rapport à des politiques de carriérisme et de hiérarchologie omniprésentes dans l’administration d’ou une perte d’autorité médicale et une perte de tout contrôle sur sa vraie mission.

Tout en préservant mon statut de CDI, je préfère militer pour une réforme à la française (celle mise en place en 2004 bien sûr et non pas le projet de mise à mort de la Médecine du Travail de 2010). Cette réforme définissait une nouvelle organisation et de nouvelles missions aux services de santé au travail en renforçant la présence et l’action du Médecin du Travail en entreprise (plus de temps à l’action sur le terrain) et sa fonction de conseil auprès de l’employeur et des salariés et en recentrant le suivi médical sur les travailleurs exposés à des risques particuliers par l’instauration de la surveillance médicale renforcée (annuelle) en plus de la surveillance médicale dite « simple » au moins tous les 24 mois pour les autres salariés.