sweet  Que vous le voulez ou pas, lorsque vous êtes Médecin du Travail dans une entreprise et de surcroît à temps plein, vous serez le plus souvent catalogué comme cadre supérieur relevant de la Direction Générale (ce qui est vrai administrativement uniquement) et à ce titre classé coté employeur quelque soient vos efforts de neutralité et d'impartialité au sein de votre entreprise. Pour le syndicaliste et parfois même pour tout salarié de l'entreprise, vous êtes un pion appartenant à l'employeur sur l'échiquier social, manipulable à volonté ou en cas de besoin par la Direction Générale.

Vous aurez cette sale image collée à votre peau tout le long de votre carrière malgré toute votre bonne volonté à apparaître conformément à la législation comme le Conseiller : et de l'employeur, et des représentants du personnel, et des services sociaux de l'entreprise. Et ce n'est pas votre employeur qui ne va pas en profiter pour vous le rappeler à l'occasion de l'octroi en votre faveur d'un avantage quelconque : Financier, Social ou de Formation Continue.

Cette Anecdote que je vous relate maintenant, remonte à quelques années déjà en pleine période de crise Syndicat-Patronat-Gouvernement. Le climat social au sein de l'entreprise était sous extrême tension pour ne pas dire exécrable, et les différents partenaires sociaux se cherchaient au quotidien des prétextes pour marquer des points dans le camp adverse de l'employeur et vice versa bien sûr. C'était une fin d'aprés-midi calme dans mon Service de Médecine du Travail si je n'avais pas été perturbé par un coup de fil impromptu émanant du chef d'entreprise en personne et qui voulait me poser la question "très urgente" suivante : "Par rapport à la santé des salariés, vous trouvez cela normal et vous approuvez d'un point de vue médical que les employés consomment pendant les heures de travail autant de "gâteaux" distribués par l'Amicale du Personnel de façon quotidienne ?" A cette question qui m'était posée "brusquement" et presque sur un ton de "reproches", il était évident pour moi que l'employeur recherchait à tout prix une réponse "rapide" et "négative" de ma part vue la façon dont il me présentait "l'affaire".

En une fraction de seconde, je réalisais que l'employeur voulait simplement mettre fin à un avantage social mis en place par l'Amicale des salariés sous la "casquette" des délégués du personnel au sein de l'entreprise en avançant un argument médical ou de "préservation" de la santé en soi et que finalement je n'étais que manipulé pour représenter un instrument de "frappe" plus que convaincant vis à vis des employés et en particulier des partenaires sociaux. Aussi ma réponse fut on ne peut plus "diplomatique" mais surtout conciliante : "mettre à la disposition du personnel des "encas" à type de boissons, friandises ou gâteaux ou encore petits salés, demeure une excellente initiative à mettre sur le compte de l'Amicale du Personnel par ses actions sociales en interne et de la Direction Générale par le subventionnement de cette action; initiatives que j'encourage vivement. Cependant d'un point de vue Santé et Nutrition, il n'est pas bien sûr recommandé d'abuser des sucreries en tout genre; aussi dans le cadre de nos actions de Prévention au sein du Service Médical, nous ne manquerons pas de rappeler aux salariés que l'abus de sucrés ou de salés est toujours nuisible pour la Santé à court ou moyen terme et qu'il faudra toujours les consommer avec modèration". Je ne pense pas avoir entendu de remerciement ou de salutation ou une toute autre formule de politesse à la fin de ma phrase de la part de mon interlocuteur, il avait déjà raccroché ; pour lui je me positionnais clairement à "gauche", mais en mon âme et conscience je préservais ma position au centre quelque seraient les retombées malheureuses à venir pour moi de ce satané coup de téléphone !