chauffeur  Voici un salarié quinquagénaire, chauffeur dans une entreprise depuis plus de 25 ans et affecté depuis 3 ou 4 ans à un poste de chauffeur du personnel dirigeant. Habituellement, ce poste est réputé être très prisé par les salariés vue sa proximité avec les "décideurs" mais vue aussi son attrait financier par le biais de primes substantielles dédiées aux heures supplémentaires systématiques.

Le Médecin du Travail de cette entreprise reçoit l'intéressé une première fois et à la demande de celui ci pour des problèmes oculaires. A noter que le chauffeur en question est diabétique non insulino-dépendant bien équilibré depuis quelques années et régulièrement suivi en Médecine du Travail. Le salarié décrit une sensation de flou visuel obligeant à un avis ophtalmologique spécialisé vue la nature du poste de travail et les risques éventuels de rétinopathie diabétique. Les résultats de l'examen oculaire sont satisfaisants : une acuité visuelle de 6/10 avec correction, un Fond d'oeil normal et rien de particulier par ailleurs; son aptitude à son poste de chauffeur est donc maintenue inchangée bien que bizarrement le salarié semblait apparemment déçu des résultats de son examen; il revient cependant 2 mois plus tard en visite spontanée chez son Médecin du Travail, mais il est cette fois ci muni d'un rapport de son Médecin Traitant Diabétologue attestant que "son état de santé contre indique les états de vigilance accrue telle que la conduite automobile" et ce en raison de la survenue brutale de malaises très fréquents attribués à des hypoglycémies graves.

Concrètement, ce salarié présentait une requête d'inaptitude à son poste avec tous les risques inhérents à une telle demande; le Médecin du Travail après vérification de la fréquence de ces malaises et du risque encouru au volant devait donc prononcer une inaptitude au poste de chauffeur avec proposition de Reclassement Professionnel au sein de l'entreprise. Une procédure aussi atypique avec un salarié affecté à un poste "intéressant" au sein de l'entreprise et qui prends de tels risques (à 2 reprises) pour être déclaré inapte au poste et risquer un licenciement en l'absence de possibilités de Reclassement Professionnel devrait attirer l'attention du Médecin du Travail sur d'autres raisons cachées ayant motivées cette drôle de demande "à haut risque" de changement de poste !

Et nous revoilà donc au chapitre des RPS (Risques Psycho-sociaux) toujours d'actualité; un bon interrogatoire de ce salarié aurait pu orienter le Médecin du Travail sur les relations exécrables entretenues entre le chauffeur et "son patron" : un des dirigeants de l'entreprise; ce salarié coincé entre le marteau et l'enclume avait donc préféré invoquer des raisons médicales pour définitivement quitter ce poste de travail plutôt que de continuer à subir les sautes d'humeur ,les mauvais traitements ou comportements de ce dernier; en réalité des comportements actuellement assimilés à du harcèlement moral devant l'absence de toute autre alternative à ces pressions. Toutes ces informations ont été portées à la connaissance du Médecin du Travail bien aprés le Reclassement Professionnel du dit salarié à un poste de "Coursier" au sein de l'entreprise et son départ à la retraite anticipée volontaire à 55 ans une année plus tard.