Dr   Si nous devions classer l'Aptitude avec Aménagement de poste ou avec "restrictions" ou encore avec "réserves", elle serait plutôt portée au registre des "Inaptitudes provisoires" que comme une "Aptitude au poste"; en effet les réserves émises par le Médecin du Travail ayant un caractère contraignant pour l'employeur, celui ci ne pourrait plus théoriquement accepter une Reprise du Travail du salarié si les conditions posées par le Médecin du Travail n'étaient pas satisfaites (pour absence de possibilités d'aménagement le plus souvent), les conséquences de cette reprise intempestive pouvant être lourdes en particulier en cas d'accident du travail (l'employeur aura manqué à son obligation de sécurité de résultat avec faute inexcusable proposée) ou en cas d'inaptitude définitive ultérieure (un licenciement fondé sur ce motif pouvant alors être considéré comme injustifié).

Ainsi, en cas de refus motivé par l'employeur de la prise en compte des recommandations du Médecin du Travail, le salarié serait alors considéré comme étant en position d'inaptitude provisoire avec la possibilité pour ce dernier de se remettre en arrêt maladie jusqu'à pouvoir envisager une solution à l'amiable entre les différents acteurs. Le problème, c'est que se replacer en position de congé de maladie n'arrange pas toujours les affaires de notre salarié en particulier en Secteur Privé en Tunisie notamment, où les indemnités journalières servies par la Caisse de Sécurité Sociale ne sont pas systématiquement compensées par l'employeur (en fonction des Conventions Collectives sectorielles éventuelles) et où par ailleurs les Primes en tout genre seraient généralement très réduites ou même annulées en cas de suspension du contrat de travail pour raison de maladie. En définitive, le salarié passe le plus souvent outre les recommandations d'aptitude non satisfaites du Médecin du Travail et reprend son poste de travail d'origine très discrètement et sans aucun aménagement, aggravant ainsi son état de santé avec la bénédiction inconsciente du DRH et de l'employeur qui feint d'ignorer la Réglementation en Santé et Sécurité au travail et bien évidemment sans en informer le Médecin du Travail qui n'a aucune connaissance de cette reprise effectuée dans les coulisses. A noter que pour ce genre de reprises du travail "illégales", la responsabilité bien que moralement partagée entre le salarié et l'employeur en incombe surtout légalement à l'employeur en cas de complications de santé ou d'accidents.

Et nous les Médecins du travail, nous ne réalisons ce qui se trame derrière notre dos que lorsqu'il y a aggravation de l'état de santé du salarié qui pourrait être amené à nous consulter en visite médicale spontanée ou en cas de rechute avec obligation d'une nouvelle visite de reprise du travail prévue par la législation. Alors comment manoeuvrer pour prévenir ce genre de situations ? A mon avis, il y a lieu d'abord d'expliquer à l'employeur et surtout de le mettre devant ses responsabilités au cas ou il envisagerait de laisser le salarié reprendre son travail contre des réserves ou des restrictions ou même des aménagements du poste requis par l'avis d'aptitude du Médecin du travail; de rappeler l'importance de la visite médicale de pré-reprise organisée par la Médecine du travail et qui permet d'avoir assez de recul nécessaire pour préparer le retour effectif du salarié; et enfin en pratique il est toujours souhaitable d'envisager des accords à l'amiable par des échanges permanents entre les principales parties concernées et en particulier entre le Médecin du Travail et le Médecin Traitant et le salarié, et d'un autre coté entre ce Médecin du Travail et les dirigeants de l'entreprise et au mieux avec les managers directs de l'intéressé.