Urgences   Vous auriez beau mettre des garde-fous pour les salariés à vos consultations de type visites médicales spontanées (urgences, conseils ou avis d'orientations), vous, Médecins du travail seriez toujours piégés et obligés d'écouter de drôles de récits parfois "bizarres" à la limite, de gérer des Urgences "retardées" ou sans aucun caractère urgent ou de consacrer de longues demi-heure à des histoires de la vie familiale, conjugale ou sociétale (bref jouer à l'assistante sociale) avec des patients dont les confrères concernés sont trop occupés ou difficilement joignables. Vous seriez obligés de vous substituer à leurs Médecins Traitants que vous le vouliez ou pas !

Une de mes dernières visites médicales spontanées ou "pseudo-urgence" n'en constitue qu'un échantillon au gré d'un quotidien entretenu par notre énorme disponibilité et en particulier lorsque le Médecin du travail est à temps plein en entreprise : Monsieur Y. avec des antécédents Psycho-dépressifs, mais également porteur d'une algie neuropathique de la face sous traitement (carbamazépine) est amené vers 10h du matin par ses collègues "parce qu'il ne sentait pas bien du tout"; l'infirmier du travail le gère évidemment comme une urgence et vue la disponibilité du Médecin sur le site, l'autorise à être reçu par le Médecin du Travail dans un "contexte d'urgence".

Lors de l'entretien, il s'avère que le patient avait présenté son malaise très tôt le matin chez lui et non sur les lieux du travail, qu'il n'avait pas jugé utile de consulter les urgences ; et que c'est devant l'insistance de ses collègues à consulter qu'il s'est présenté au Service de Médecine du Travail. Notre patient décrit son malaise matinal (et je reprends ses propres termes) : "quelque chose de bizarre" qui "remonte"  vers sa gorge lui occasionnant des difficultés respiratoires plus précisément une sensation de "boule" dans la gorge durant une dizaine de minutes; et ceci sans aucune douleur abdominale ni surtout thoracique. L'examen de l'intéressé est strictement normal et il aurait été plus simple et logique de "mettre" ce genre de symptômes sur le compte de ses antécédents psychiatriques (ce qui aurait sûrement été entrepris par le service des urgences le cas échéant). Le patient décrit 2 précédents épisodes similaires à un mois d'intervalle.

En définitive attitude classique en entreprise peut être, je décide de l'adresser à un cardiologue pour éliminer 2 diagnostics : le syndrome coronaire aigu et le trouble du rythme cardiaque intermittent (avec la carbamazépine ? on ne sait jamais). Il est vrai que nous demeurons obnubilés nous les Médecins du Travail par les problèmes cardio-vasculaires trop fréquents actuellement chez des sujets à risque (tabac, stress, HTA etc...).

Soit dit en passant, il est malheureusement décevant que je perde de vue plus de 7 de mes patients sur 10 lors de mes orientations quotidiennes vers des Spécialistes ou des structures spécialisées et ce malgré toute la peine que je prends à écrire des lettres de liaison accompagnées parfois d'ECG ou d'examens complémentaires à mon actif ; rares sont les retours de diagnostic de la plupart des confrères auxquels je confie assez souvent et le patient et le diagnostic sur un plateau ! En réalité, j'essaie moi même d'entrer en contact avec les Médecins Traitants pour m'enquérir de "mes" patients puisque je suis le point de départ de leurs investigations.

Conclusion : mon patient présentait effectivement un trouble du rythme trés bénin confirmé par les résultats d'un holter cardiaque rythmique. Il a été mis sous traitement antiarythmique en reconsidérant la prise de carbamazépine. Il ne s'agissait donc pas d'une urgence en entreprise (il prenait son traitement depuis 6 ans ! ), son problème relevait simplement d'un bon suivi médical à effectuer par son Médecin Traitant (Généraliste ou Neurologue), comme bon nombre d'autres patients, son chemin a croisé la Médecine du Travail pour trouver définitivement une solution à ses malaises récurrents. Et dire que les Médecins installés sur la place nous en veulent de leur "piquer" leurs malades !!!