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L'un des 3 thèmes principaux du 7ème Congrès National de Médecine du travail tenu à Hammamet (Tunisie) les 25 et 26 octobre derniers était consacré aux Surdités Professionnelles. Les conférences ayant abordées l'évaluation, la Prévention, les critères de reconnaissance et les particularités diagnostiques des troubles auditifs liés à la surexposition sonore ont été présentées de façon différente par les auteurs Tunisiens et Européens; en effet les législations intéressant l'exposition aux bruits lésionnels sont assez différentes entre la Tunisie et l'Europe (France et Belgique en particulier) et le risque professionnel lié au bruit semble trouver meilleure réparation légale en Tunisie plutôt qu'en France grâce à des modifications du Tableau de la Maladie Professionnelle concernée (Tableau Tunisien n° 80) transformé une première fois en 2003 puis une deuxième fois en 2007 par rapport au tableau initial de 1995 copié à l'époque sur le Tableau Français n° 42. Ce qui a fait que les Tunisiens ont abordé le travail en Centre d'appel et ses risques auditifs de surdité professionnelle dans un cadre possible de Maladie Professionnelle, alors que les Européens ont plutôt évité d'aborder la surdité professionnelle en tant que Maladie Professionnelle chez les téléopérateurs pour n'envisager que la notion de "choc acoustique" dans un cadre d'accident du travail.

En effet, en Tunisie la liste des travaux susceptibles de provoquer la Surdité Professionnelle est d'abord devenue une liste "indicative" et non limitative comme c'est le cas encore en France, et le plus important  également a été l'ajout depuis 2003 de la mention : "et tous travaux exposant à un niveau sonore équivalent supérieur ou égal à 85 dB (A)" en fin de liste des travaux concernés par ce Tableau n° 80. Ce qui a permis aux Médecins du Travail Tunisiens de pouvoir déclarer un certain nombre de Surdités Professionnelles constatées chez des Téléopérateurs en Centre d'appel et ce malgré la difficulté à prouver les niveaux sonores élevées sous les casques qui pouvaient dépasser les 85 dB en l'absence de matériel adéquat de type oreille artificielle permettant une mesure sonométrique fiable sous les casques.

Mais le plus effarant, ce sont les résultats des différentes enquêtes et travaux présentés (communications orales ou affichées) avec des chiffres assez élevés de troubles auditifs chez les travailleurs en Centre d'Appel en Tunisie, confirmés assez souvent par des audiomètres et déclarés Surdités de Perception d'origine professionnelle par plusieurs Services de Pathologie Professionnelle ou Services d'ORL, le plus difficile pour ces professionnels de la Santé au travail étant de prouver que ces salariés atteints de surdité par lésion cochléaire irréversible (ou Surdité de Perception) ont été réellement exposés à des niveaux sonores élevés d'au moins 85 dB pendant leur travail afin de pouvoir les déclarer en Maladie Professionnelle; malheureusement un grand nombre d'entre eux n'obeissent pas aux critères de réparation de la Surdité Professionnelle et ne bénéficieront que d'un Reclassement Professionnel ou d'un Aménagement de poste à défaut d'être purement et simplement être déclarés Inaptes à tout poste en Centre d'Appel. Hors, lorsque l'on sait qu'il s'agit dans la majorité des cas d'une population de jeunes diplômés actifs en situation de précarité (diplômés du Supérieur à la recherche d'emplois) qui risquent de se retrouver sourds ou à un certain degré handicapés rendant difficile leur réintégration dans la vie professionnelle et sociale en général, je trouve qu'il devient indispensable pour nous acteurs en Santé au travail de tirer la sonnette d'alarme et d'alerter l'opinion publique afin que des solutions de prévention efficaces et réelles puissent être exigées et obligatoirement imposées sur les centres d'appel.

Toutes ces études et leurs résultats sont disponibles sur le document réservé aux actes de ce 7ème Congrès National de Médecine du travail, les résumés seront repris par la Revue Tunisienne de Pathologie Professionnelle et de l'Environnement dans son Numéro 3 du second Semestre 2013 ainsi que prochainement sur le Site de la STMT (Société Tunisienne de Médecine du Travail). Pour ma part, une communication affichée relative à une enquête transversale en Centre d'Appel sur le grand Tunis a particulièrement retenue mon attention (même travail d'ailleurs présenté sous forme de communication orale au 27ème Congrès International Méditerranéen de Médecine du travail de Turin (mai 2013) :

L'enquête (*) a intéressé 420 téléconseillers (70% de femmes, 30% d'hommes; âge moyen : 27 ans; niveau d'études : Supérieur dans 81% des cas; ancienneté moyenne : un peu plus de 2 ans et demi) en se basant sur un questionnaire recherchant les troubles auditifs et sur des examens audiométriques. Elle relève 110 audiogrammes pathologiques; les principaux symptômes fonctionnels auditifs rapportés étaient des céphalées et des bourdonnements d'oreille dans 25% des cas. Les Résultats donnent : 17 cas de Surdité de Perception bilatérale et presque symétrique, soit 4% de Surdités d'origine professionnelle très probable à mon avis.

(*) : CA2 Profil audiométrique et Prévalence des troubles auditifs chez 420 téléconseillers. Étude menée conjointement par le Groupement de Santé et de Sécurité au travail de Tunis, le Service de Pathologie Professionnelle et d'Aptitude au travail de l'EPS Charles Nicolle et la Direction de l'Inspection Médicale et de la Sécurité au travail de Tunis.