Radio_Poumons

 

 

 

 

 

Nous sommes Médecins de Prévention et à ce titre nous avons acquis au fil du temps ce réflexe de vouloir toujours et tout prévenir à la différence des Médecins Praticiens ou Traitants que nous ne sommes plus. Ce réflexe de Préventeur, nous l’avons fait évoluer sur certains secteurs d’activité par manque de risques professionnels évidents ou importants sur certains sites professionnels. En effet la prévention demeure tout à fait différente en secteur industriel par rapport au secteur tertiaire par exemple et une fois avoir fait le tour de la prévention des Risques Psycho-sociaux et des Troubles musculo-squelettiques (liés au travail de bureau ou sur écran) dans une entreprise de prestations de services à caractère financier par exemple, dans certains pays émergeants ou en transition la Médecine du Travail en général finit par s’en remettre à la prévention des grands fléaux de santé publique en commençant par les risques cardio-vasculaires et en arrivant jusqu’à la prévention de certains cancers ou plutôt leurs dépistages. Ainsi à défaut de campagnes de Santé Publique, ce sont des campagnes menées par la Santé au Travail qui sont mises en place pour le dépistage de certains cancers : du sein (par mammographies) , du colon (par hemoccult), des poumons (par radiographie pulmonaire), de la prostate (par dosage du PSA) ; ainsi que le dépistage d’autres pathologies graves : sérologie de certaines hépatites, risques cardio-vasculaires (HTA, Dyslipidémies et coronaropathies) par des Bilans sanguins ou parfois des Electrocardiogrammes d’effort et enfin du Diabète par des Bilans sanguins systématiques en entreprise.

Finalement, dans un pays comme la Tunisie ce type de campagnes est une bonne chose (nous en avions déjà parlé sur ce Blog) puisque la Médecine du Travail ne fait que se substituer à la Santé Publique et aux carences du Ministère de la Santé en général dont les tâches de dépistage et de prévention censées être en première ligne sont reléguées ou contournées par une mauvaise politique de santé relayée par des gouvernements successifs incapables de procéder à des réformes du système de santé. Nous n’en sommes pas en Tunisie à du dépistage de masse ou à des campagnes poignantes, ciblées, nationales pouvant toucher une proportion très importante de la population comme cela a été le cas en France ces dernières années.

En France aujourd’hui et dans une grande majorité de pays développés, la réaction est tout à fait contraire par un acharnement médiatique à vouloir remettre en cause les grands dépistages, les grandes campagnes de santé publique et les grands principes de précaution jadis chers aux Européens en général; à croire qu’un nouveau combat de "néo-professionnels de santé" agissant aussi bien à titre individuel (Médecins superstars faisant le buzz sur internet) qu'en équipe ou en Associations, se dessine à travers différents nouveaux groupes du genre « formindep » ou « Prescrire » et j’en passe, et dont certains d'entre eux sont contre le dépistage organisé de certains cancers (sein, prostate etc…), d’autres septiques par rapport aux avantages de la vaccination contre certains virus ou simplement contre la Grippe et pour d’autres encore il semblerait que la prescription de Bilans Systématiques ne sert qu’à fabriquer des dyslipémiques qui ne devraient pas l’être  afin de mieux vendre des statines ou des fénofibrates en nous "martelant" les inconvénients du syndrome métabolique dont la définition est bien différente selon les pays; en fait tous ces acteurs « que les détracteurs qualifient de parano » donnent l'impression de simplement s’opposer par tous les moyens possibles et imaginables aux situations "à risque" de conflits d’intérêts au point qu’ils se positionnent à la limite « contre le système » dans presque tous les cas de figure.

Pour nous "gens de prévention" où doit-on finalement se positionner au milieu de cette jungle d'intérêts et de contre-intérêts ? A mon avis, au niveau de pays en voie de développement, émergeants ou en transition ; il ne pourra être permis de passer outre de grandes campagnes de dépistage de certains cancers numéros 1 ou 2 chez l'homme ou chez la femme quitte à ce que ces campagnes soient ciblées parce que malheureusement nous n'avons pas encore assez de recul dans ces pays pour se permettre des polémiques à la Française comme actuellement avec "la mammographie" et l'intérêt du dépistage systématique affaire rapidement couplée (sans raison évidente à mon humble avis) à l'affaire de la Ministre qui avouait son cancer du sein. Je me positionne cependant contre le dépistage systématique par dosage de PSA chez les hommes à partir de 50 ans dont trop de cas de faux positifs ou de cas de surdiagnostics ont abouti à trop de souffrances superflues; également contre la Radiographie du Thorax (Poumons) systématique dont le consensus actuel en France est de ne pas demander de radiographie thoracique systématique en dessous de 60ans; mais lutter contre le cancer du sein par les différents moyens de dépistage mis à notre disposition demeure une priorité de Santé Publique à mon avis; de même offrir le dépistage sérologique des hépatites (en particulier type B véritable fléau régional dans certaines contrées) y compris par le laboratoire même qui en fournit le traitement (traitement du type C pris en charge par la plupart des caisses de sécurité sociale de par le monde parce que trop onéreux) ne me dérange pas outre mesure personnellement, à partir du moment ou nous pourrions éviter une évolution défavorable à des hépatopathies chroniques restées inconnues sans ce dépistage ou éviter également des transmissions familiales de facto.