Courrier

De nombreuses entreprises offrent un Bilan Sanguin restreint (avec Hémogramme) au sein de la Visite Médicale d'Embauche pour les nouvelles recrues à leur service de Médecine du Travail . Aussi, un bon nombre d'Anémies (par carence martiale) sont ainsi découvertes en particulier chez des jeunes femmes. Bien que s'agissant généralement d'entreprises du secteur tertiaire ayant de gros moyens financiers, il faudra cependant noter pour mémoire que ces Bilans ne sont pas obligatoires et qu'ils n'ont aucun caractère réglementaire y compris vis à vis du Médecin du travail qui demeure habilité à prononcer son aptitude sans avoir recours à ce type de bilans.

Ce type d'anémies ne pose certes aucun problème d'aptitude professionnelle pour ces candidates malgré parfois des taux assez bas d'hémoglobine (7 à 8 g/100), mais je demeure obligé comme tout Médecin à faire prendre en charge cette pathologie par le Médecin Traitant en fin de visite médicale d'embauche et à ce titre je délivre donc une lettre de liaison pour le Médecin Traitant accompagnée d'une copie du bilan sanguin effectué. Si le traitement est évident, c'est principalement le bilan étiologique à entreprendre qui demeure le plus intéressant pour l'avenir de ces jeunes femmes: désordres hormonaux ou causes gynécologiques évidentes (ménorragies), problèmes digestifs ou intestinaux, carences alimentaires etc...

Je procèdais donc à une visite médicale d'aptitude à l'embauche d'une jeune fille (25 ans), elle est blanche comme un linge mais ne se plaint de rien (comme toutes les nouvelles recrues cela dit en passant), son hémoglobine est à 7.2 g/100ml, anémie microcytaire hypochrome, cliniquement la carence en fer est évidente; elle me parle finalement de ménorragies et d'antécédents de consultations en gynécologie pour des dysménorrhées. Je termine ma visite médicale en lui recommandant de voir son Médecin traitant et lui rédige une lettre de liaison conformément à la procédure en la sermonnant de me tenir au courant des investigations qui seront effectuées et de la prise en charge thérapeutique pour la suite à donner au dossier de Santé au Travail.

Elle demande à me voir 15 jours plus tard pour me transmettre une lettre réponse de son Médecin Traitant et me montrer une ordonnance (un produit hormonal mais pas du Fer en tout cas), en fait la lettre porte l'entête d'un Médecin Gynécologue et elle est adressée à "Monsieur le Médecin traitant"; je ne fais pas attention au destinataire et j'ouvre la lettre pour découvrir qu'elle m'est bien destinée à moi le Médecin du travail (puisqu'elle commence par l'éternel remerciement "je vous remercie de m'avoir adressé untel qui etc..." et qu'il s'agissait bien de la réponse à ma lettre de liaison; le gynécologue enchaîne par "le bilan gynécologique est normal éliminant toute cause local pouvant expliquer la carence martiale, je vous la confie pour son traitement martial et pour compléter son bilan étiologique notamment gastro-intestinal etc...". Conclusion : pour le Spécialiste (qui gère une consultation de 2ème intention) le Médecin traitant c'est le Médecin du travail et c'est à lui de poursuivre les investigations et à prescrire du Fer.

La jeune fille était bien sûr étonnée de me voir refermer la lettre et de m'excuser d'avoir ouvert un courrier qui ne m'était pas destiné, je lui expliquais que cette lettre était destinée à son Médecin traitant (et que je n'étais pas son Médecin traitant mais son Médecin du travail), oui vous me diriez : il aurait été plus simple de rédiger une ordonnance de Fer et une nouvelle lettre de liaison pour un Spécialiste en gastro pour clore le dossier; mais non je me suis juré de faire appliquer la loi et il n'est plus question que je me substitue au Médecin Traitant quitte à parfois embarrasser ou bousculer certains patients !