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Bilanter et encore bilanter : c'est tout ce que font la plupart des Services Médicaux Autonomes en Tunisie et la lecture de ces fameux bilans constitue la principale activité des Médecins du Travail qu'ils soient vacataires ou à temps plein (à part bien sûr quelques exceptions heureusement). Réclamés avec acharnement par les syndicats et par les salariés comme un dépistage sanguin systématique obligatoire aux frais de l'employeur (alors qu'aucune législation ne l'exige sauf pour quelques risques professionnels prévus par des tableaux ou un décret), ces bilans censés légalement être à la diligence du Médecin du Travail sont en réalité demandés à tort et à travers et sans règle scientifique aucune (parfois même sans l'avis ni l'aval du Médecin du travail) et deviennent désormais une quasi obligation dans le fonctionnement d'un service médical d'entreprise. Vous ne pouvez pratiquement pas y échapper en tant que Médecin du Travail, de toute façon aucun salarié ne viendra vous consulter pour une visite périodique s'il n'y a pas un bilan sanguin à la clef; et certains Médecins du Travail ont trouvé l'astuce de délivrer le "bon" ou la prescription d'analyses au salarié juste après la visite périodique afin de réaliser cette visite médicale obligatoire au préalable sachant que le salarié sera de toute façon perdu de vue dés l'obtention de cette prescription de bilan aux frais de l'entreprise.

Oui je le dis vraiment avec beaucoup d'amertume : quel dommage et quel gâchis pour la Médecine du Travail en Tunisie, parce que ce pays a été innovant en Santé au travail, des lois et une Législation complète très souvent mise à jour avec des tableaux de maladies professionnelle et une réparation à la pointe du progrès, un fonctionnement des services médicaux du travail autonomes et inter-entreprises bien organisé selon des décrets et des arrêtés révisés. Malheureusement ce que nous voyons sur le terrain ne suit en aucune manière la Législation : une minorité de Médecins du Travail en service autonome font du Tiers Temps, la quasi totalité de leur temps de travail est consacré soit à de la Médecine Curative, soit aux "visites périodiques" ou pour être plus précis à la "lecture" des Bilans Systématiques; le peu de temps qui leur reste est encore une fois accaparé par la Médecine Curative pour les quelques Médecins "récalcitrants" ou "soumis" au diktat des employeurs ou même des salariés ou de leurs représentants. Seuls les services inter-entreprises échappent encore à cette épidémie de prévention bien que cette mode ait commencé à contaminer certains grands Groupements de Santé au Travail qui "offrent" désormais cette prestation (payante bien sûr) à certaines entreprises financièrement fortunées.

Et quel Médecin du Travail oserait changer quoi que ce soit à cette "organisation" ? abandonner ou même limiter les bilans sanguins systématiques serait un affront à une "politique sociétale" de prévention ! ou une attaque au sacro-saint avantage social acquis ! vous aurez tout le monde sur le dos et en particulier les syndicats et vous serez même mis à l'index par l'employeur comme étant responsable de perturber le climat social. Alors continuez à bilanter mes chers amis : la Santé au Travail se réforme à reculons en Tunisie et pour la petite histoire le dernier bilan sanguin dont on m'a vanté les mérites dernièrement au sein d'une entreprise de la place comportait entre autres (et outre bien sûr la totalité du bilan "basique") : Vitesse de Sédimentation et Urée-Créatinine (les 2 paramètres ensemble) et de façon systématique pour tout le personnel ! décidément on n'arrête pas le progrès chez certains confrères et on ne regarde surtout pas à la facture d'une surmédicalisation, surdiagnostics ou surtraitements des salariés, le budget de la Santé au Travail n'est-il pas alloué à la prévention et au dépistage, alors pourquoi se compliquer la vie en adoptant l'économie sociale ?