cigarette_electronique

Comparé par exemple aux législations des différents comtés des Etats-Unis, le «plan anti-tabac» du gouvernement français est de loin moins restrictif. Pour autant, les mesures qu’il prévoit ne font pas l’unanimité. Marisol Touraine a tenu à tempérer le "plan" en se gardant d’interdire de fumer ou de vapoter dans certains endroits très fréquentés comme les bars et les restaurants. En revanche, le lieu de travail figure explicitement parmi les établissements où il est interdit de vapoter ou de fumer. Y aurait-il là une assimilation voilée de l’e-cigarette au tabac ?

En effet, bon nombre de restrictions pour le tabac s’étendent à l’e-cigarette. On pense entre autres à l’interdiction de toute forme de publicité, à l’interdiction de vapoter en lieu public, à l’interdiction de vendre à des mineurs, etc. Le «plan» de M. Touraine impacte, au moins implicitement, la vie de l’entreprise et n’a pas besoin de considérer ouvertement la e-cigarette comme un produit tabagique. Le fait que l’e-liquide contienne de la nicotine, à lui seul, est un argument justifiant le réaménagement, si nécessaire, du règlement intérieur d’une entreprise.

A l’instar des fumeurs, on doit sortir du local pour vapoter. Les non-vapoteurs ne doivent pas inhaler malgré eux la vapeur de nicotine. Il ne faut pas oublier que bien que moins nocive que le tabac, la nicotine a des effets négatifs sur la santé.Il s’agit donc plus de protéger les autres que d’un supposé acharnement sur les vapoteurs.

Un principe de droit sert de base à l’interdiction en lieu public : la loi protège notre droit tant que son exercice ne restreint pas la liberté d’autrui. Un règlement intérieur qui interdirait formellement le vapotage a une base juridique claire en ce sens que le vapotage passif  porte atteinte au droit des non-vapoteurs.

Déjà depuis octobre 2013 à travers un article sur ce Blog, largement partagé par les réseaux sociaux et médico-professionnels, nous avions exprimé une opinion personnelle et une position en qualité de Médecin du travail par rapport à la cigarette électronique en retenant qu’en matière de santé au travail, l’employeur se devait de prévenir le risque « éventuel et non exclu » de la cigarette électronique par une interdiction du « vapotage » sur les lieux de travail à travers l’insertion d’une clause dans le règlement intérieur de l’entreprise en y associant dans la mesure du possible le Médecin du travail.

De toute façon et dans la pratique, les vapoteurs ont le même réflexe que les fumeurs et aucun ne se plaint de devoir sortir pour vapoter :

* On y voit d’abord le respect du lieu de travail et  donc de leurs collègues.

* On peut aussi y voir une assimilation, certes implicite, du vapotage au fait de fumer pendant les heures de travail.

* Cette assimilation résulterait peut-être de l’omniprésence de l’interdiction de fumer dans de nombreux établissements comme les locaux de travail ou les centres commerciaux.

Parmi ceux qui sortent du local, les vapoteurs sont plus nombreux que les fumeurs.   

Une loi devrait préciser des régimes spécifiques pour vapoter et fumer pendant le temps de travail :

* L’e-cigarette est de loin moins dangereuse que la cigarette classique ; c’est un fait avéré.

* Un nombre important de Français vapotent particulièrement pour pouvoir arrêter de fumer. Les vapoteurs ont donc le droit de ne pas s’exposer malgré eux à la fumée de la cigarette classique. Ce qui compromettrait le sevrage tabagique pour certains.

Un vide juridique qui peine à voir le jour au vu de la montée en puissance des fiefs et ce ne sont pas les fiefs éminents du marché français qui manquent : à Montpellier (petit clin d’œil à mes amis de Montpellier si vous prenez comme moi la sage décision de troquer votre vieille cigarette contre une e-cigarette), à Toulouse ou encore à Paris, la cigarette electronique s’étend inexorablement sur le territoire français aux dépens de la cigarette classique malgré toutes les actions des présumés puissants lobbies tabagiques, et se traduit par un poids de plus en plus considérable dans la société. C’est en partie le poids de ces fiefs qui fait que l’e-cigarette tient tête au tabac.