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Je ne suis pas Médecin Expert auprès d'un CEMPN (Centre d'Expertise Médicale pour Personnel Navigant) ni Médecin du travail d'une compagnie aérienne, je ne possède pas non plus de compétences psychiatriques particulières mais j'assure depuis plus de vingt ans la couverture médicale du travail de salariés de secteurs tertiaires de type financiers en relation avec le public ou de grandes entreprises et manipulant parfois de grosses liquidités, des avoirs et des effets engageant de très lourdes responsabilités en cas de pertes, d'erreurs ou de manipulations. Ces entreprises exigent en effet  de leurs salariés une santé mentale parfaite acculant le Médecin du travail à essayer de détecter un maximum de troubles psychiatriques ou du comportement lors des visites médicales périodiques afin de procéder aux aménagements de poste et d'aptitudes nécessaires.

Et bien sachez que le dépistage de ces troubles particuliers ne s'est jamais fait grâce à l'entretien express que je propose au salarié au décours de sa visite médicale périodique. D'abord, il faudrait savoir que si révéler un problème psychiatrique au Médecin du travail risquerait de compromettre son avenir professionnel ou le fait de conserver son poste de travail, le salarié ne vous dira jamais rien et passera sous silence sa maladie. Certains dépressifs ou même psychotiques (en dehors de leurs périodes de crises) ont même l'art de très bien se comporter au moment des visites médicales de telle sorte que vous n'y verrez que du feu ! et la plupart du temps, il s'agit des visites médicales de pré-reprise ou de reprise (suite à des arrêts de travail assez longs et donc de plus de 30 jours) qui permettent aux Médecins du travail d'accéder à certains diagnostics liés à des affections psychiatriques. En définitive, en dehors de l'opportunité de pouvoir accéder à une copie de l'arrêt de travail ou à une information confidentielle du Médecin Traitant (Psychiatre en général) qui accompagnait ce certificat médical, ou de se faire délivrer un indice quelconque d'un collègue de travail, d'un Manager, d'un responsable des ressources humaines ou même d'un délégué syndical (qui protège son entreprise ou ses collègues), il ne sera pas toujours aisé d'obtenir votre information directement du salarié malade ou de déceler en définitive les 3 facteurs de dangerosité au travail d'une pathologie psychiatrique donnée ou méconnue suivants : "pathologie associée à une agressivité", "pathologie ou traitement associés à des troubles de la vigilance ou de l'attention" et "pathologie associée à une inconscience des risques pris".

Revenons maintenant aux pilotes de ligne, ces derniers passent certes des tests psychomoteurs et psychotechniques bien avant de commencer leur carrière et leur admission définitive est prononcée après une visite médicale très poussée. Pendant leur carrière, ils sont soumis à une double surveillance médicale :

* Un suivi médical par un Centre d'Epertise de médecine Aéronautique (au moins tous les ans) pour leur permettre de renouveler le CMC (ou Crew Member Certificate) qui est un Certificat médical Classe 1 d'Aptitude Médicale conforme à la Réglementation. Cette visite comprenant une batterie d'examens (arrêté du 27/01/2005 modifié par l'arrêté du 11/06/2008 avec un Médecin Agréé du CEMPN) et se terminant par un entretien avec un Généraliste qui vérifie l'aptitude générale et mentale.

 * Un suivi médical de Santé au travail par des visites médicales périodiques effectuées par le Médecin du travail comme pour tous les salariés (tous les 2 ans, sauf si travail de nuit tous les 6 mois) et qui comprend aussi un entretien et certains examens complémentaires.

En tout cas, à aucun moment de ces visites n'intervient un Psychologue ou un Psychiatre, ni lors des visites annuelles ni lors des contrôles périodiques aux dires d'un professionnel du Syndicat de pilotes SNPL chez Transavia. En définitive et comme l'admet un Responsable de la Sûreté Aérienne, s'il n'y a pas d'arrêt de travail aucun signal d'alarme ne se déclenche pour avertir les Médecins même s'ils sont nombreux et très spécialisés et si l'entretien médical de routine parait "normal" ou "sans particularités", aucun de ces Médecins ne pourra détecter un trouble psychiatrique éventuel pour enclencher un suivi thérapeutique adéquat et ainsi reconsidérer l'aptitude médicale mentale.