Spengler

La HAS (Haute Autorité de Santé) et la SFHTA (Société Française d'Hypertension Artérielle) considèrent actuellement que l'Hypertension Artérielle (HTA) se définit de façon consensuelle par une PAS > ou= 140mm Hg et/ou une PAD >ou= 90mm Hg, mesurées au cabinet médical et confirmées au minimum par 2 mesures par consultation, au cours de 3 consultations successives, sur une période de 3 à 6 mois. Cette pathologie qualifiée de "silencieuse" puisqu'elle engendre rarement des symptômes significatifs (sauf en cas d'élèvations très importantes et dépassant 180/110mm Hg) pourrait être à l'origine d'effets néfastes sur les vaisseaux principalement ceux du coeur et du cerveau d'ou un rétrécissement des artères à l'origine d'athérosclérose.

L'HTA est donc le plus souvent découverte par hasard au décours d'une consultation médicale et assez fréquemment son lieu de découverte est la Médecine du Travail : visites médicales périodiques ou prise de tension volontaires à l'infirmerie d'entreprise par un infirmier du travail. Contrôlée au moins 3 fois par un Médecin sur une période d'au moins 3 mois, une élévation tensionnelle confirmée doit être traitée au long cours et nécessite dans la majorité des cas une prescription médicamenteuse afin de stabiliser l'HTA une fois les mesures hygiéno-diététiques adoptées (poids, régime alimentaire, sels, tabac, alcool, marche).

Mon expérience de prévention de l'HTA au sein d'une entreprise du secteur tertiaire en est plus qu'édifiante : sur une population étudiée de 1100 employés (58% Hommes, 42% Femmes) tous régulièrement suivis depuis 20 ans, avec une moyenne d'âge actuelle de 49 ans; la prévalence de l'HTA est à ce jour de 14% (56% Hommes, 43% Femmes). A partir de 55 ans, cette prévalence explose à 48% chez les hommes et à 32% chez les femmes (chiffres arrêtés au 1er juin 2015). Les 2 complications majeures pouvant être liées à l'HTA (Athérosclérose coronaire et Accidents cérébraux transitoires ou constitués) n'apparaissent que dans 0,05% de cet échantillon de salariés hypertendus soit pour seulement 7 employés et ils sont tous également diabétiques, ce qui explique en grande partie l'intrication de ces 2 facteurs de risque : HTA + Diabète. Les complications demeurent donc négligeables chez cette proportion de salariés hypertendus, contrôlés de façon annuelle ou au moins tous les 2 ans par des visites médicales périodiques et dont 80% prennent leur traitement de façon régulière.

Je ne vais pas énoncer tous les résultats de cette enquête concernant l'HTA chez des salariés en entreprise du tertiaire qui seront détaillés, discutés et présentés à l'occasion d'un prochain Congrès de Santé au travail, mais je vous annonce déjà que 54% de ces salariés hypertendus ont découverts leur HTA grâce la Médecine du Travail (visites systématiques, visites spontanées, prises de tension par l'infirmier du travail...). Ces salariés hypertendus ignoraient l'existence de cette HTA jusqu'au jour de la prise de leur tension au service de santé au travail et le fait de découvrir plus de la moitié des hypertendus grâce à une prévention en Médecine du Travail dénote de la pertinence des campagnes de prévention de l'HTA et des facteurs de risque cardio-vasculaire en milieu de travail.