Médecin

Ce Médecin Spécialiste en Santé au Travail avec 25 années de carrière professionnelle dans ce domaine vient de se séparer d'une entreprise avec laquelle il collaborait depuis plus d'une dizaine d'années en qualité de Médecin du travail vacataire (à temps partiel) pour près de 500 salariés; principal motif invoqué : il est las de procéder à des visites médicales périodiques durant 4 heures par semaine (en service autonome) et à lire des bilans sanguins standards pratiqués aux frais de l'employeur (normaux dans plus des 2/3 des cas s'agissant d'une population jeune avec une moyenne d'âge de 30 ans). Près de 40 % des salariés de cette entreprise sont vus de façon annuelle car en Surveillance médicale Renforcée et le reste des employés au moins tous les 2 ans; si l'on comptabilise les visites médicales spontanées dont le nombre est assez important, les visites médicales de reprise du travail prévues par la réglementation, et le travail médico-administratif (en l'absence de secrétariat médical ou de paramédicaux) : préparation des prescriptions, gestion des convocations etc; trop peu de temps si ce n'est plus rien pourra être consacré aux visites d'entreprise (postes de travail, conditions...) à l'identification des risques et aux propositions d'amélioration des conditions de travail, bref au Tiers Temps en fait d'une façon générale. 

Il faudra donc au préalable nous entendre sur les objectifs de la Médecine du Travail car le problème principal réside dans la définition : La CIST (Commission Internationale de la Santé au travail) précise que l'objectif de la pratique en Santé au Travail est de protéger et de promouvoir la santé des travailleurs, d'assurer le maintien à son meilleur niveau de leur capacité de travail et de leurs aptitudes, de contribuer à créer et à assurer un environnement de travail sain et sans danger pour tous, de promouvoir l'adaptation du travail aux possibilités des travailleurs en tenant compte de leur état de santé.

En France comme en Tunisie aussi, le système de protection de la Santé au Travail repose essentiellement sur les Médecins du Travail inclus au sein de services multidisciplinaires dont le rôle est essentiellement préventif afin d'éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur travail. La législation prévoit en conséquence un suivi individuel des salariés que le Médecin du travail reçoit à titre obligatoire (embauche, périodique, pré reprise et reprise) ou facultatif à leur demande ou à la demande de l'employeur; visites médicales pour lesquelles il consacre "officiellement" les 2/3 de son temps de travail; le reste du temps (toujours insuffisant d'ailleurs) est consacré au fameux Tiers Temps 

Notre pauvre confrère avait donc l'impression (comme nous tous d'ailleurs) de vouloir faire "du chiffre" au sein de cette entreprise afin de pouvoir atteindre des objectifs précis de nombre de visites médicales périodiques sans plus en fait; peu importe le Tiers Temps avec ses propositions relatives à l'hygiène générale dans l'entreprise, l'adéquation entre les postes de travail et les compétences et aptitudes des travailleurs ou l'éducation sanitaire des travailleurs et la formation de secouristes. En définitive, c'est donc le ras le bol puisque son Diplôme de Spécialité ne semblerait plus servir à grand chose, faut-il être Expert en pathologie professionnelle pour assurer la lecture de bilans systématiques ou pour procéder à des visites médicales de routine chez de jeunes trentenaires ?

Dans le système actuel, tout ou presque s'articule autour de la notion d'aptitude et de suivi du salarié et nous Médecins du travail sommes au quotidien obnibulés par le nombre de visites médicales périodiques prévues par rapport à celles effectuées. Malgré cela, il se dit encore : "alors que 30 millions de visites réglementaires devraient être faites chaque année, seules 9 millions le sont" !

Finalement, voilà pourquoi je suis partisan d'assouplir certaines règles de la Médecine du travail et je me dois de relever certains points positifs parmi les recommandations du Rapport "Aptitude" (ou Rapport Issindou - Fantoni), en particulier celles touchant la périodicité des visites médicales périodiques qui devraient légitimement être allongée (pourquoi pas jusqu'à 5 ans). En revanche, je ne trouve pas opportune la substitution de la visite médicale d'embauche par l'instauration d'une visite obligatoire d'information et de prévention effectuée par l'infirmier de santé au travail car cette action déjà assez simple ne nécessite pas de simplification supplémentaire à mon sens, vu le nombre peu important de visites d'embauche par rapport aux activités du Médecin du travail et surtout vue l'importance d'un avis expert lors d'une première affectation eu égard aux bonnes recommandations d'adéquation entre les postes de travail et l'aptitude des salariés.

Enfin et pour clore le dossier de la Surveillance Médicale Renforcée (SMR), une nouvelle définition des situations nécessitant une SMR devrait à nouveau être d'actualité à mon avis et devrait tenir compte des recommandations de la SFMT et pourquoi pas des Médecins du travail engagés sur le terrain (et pas uniquement nos sacro-saints Hospitalo-universitaires !). La périodicité de ces visites devrait être redéfinie en concertation avec tous les acteurs de Santé au travail en tenant compte des risques professionnels majeurs sans pour autant "exagérer" les simplifications, comme ce fut le cas lors de la réforme de 2012.