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8 heures du matin et première consultation de Médecine du travail à la demande d'un salarié affecté à la sécurité en travail posté de nuit sous le régime 3X8, motif officiel : visite spontanée pour une urgence médicale. En fait cet agent d'une entreprise privée avait théoriquement fini son service à 6 heures du matin, service qu'il avait assuré depuis la veille à 22 heures sauf que la relève n'avait pas été assurée et l'agent devant assurer la continuité du service en travail posté de 6 heures du matin jusqu'à 14 heures était absent pour raisons de santé, notre salarié avait donc continué son service à la demande de sa hiérarchie pour ne pas abandonner un poste vacant en attendant une relève qui aurait lieu exceptionnellement vers 10 heures du matin. L'agent consulte finalement le Médecin du Travail et se plaint de vertiges, céphalées et déclare être dans l'incapacité totale d'assurer toute continuité à son poste d'agent de sécurité.

Situation très ennuyeuse et pour le Médecin du Travail et pour le service Sécurité mais situation très classique sur le terrain lorsque l'on connait la réticence habituelle de tout salarié (secteur de la santé et de la sécurité en particulier) à prolonger même de quelques minutes sa période de travail une fois celle ci accomplie. Le règlement intérieur de l'entreprise en matière de sécurité stipule que la continuité du service est essentielle même en l'absence de relève et que tout agent en fin de période de travail posté ne pouvait quitter son poste avant l'arrivée de son remplaçant (d'ou un risque de licenciement pour faute grave) et de toute façon même en l'absence de règlement intérieur, ce salarié se devait d'obeir aux ordres de son supérieur hiérarchique qui exigeait de lui une continuité du service (risque de sanctions disciplinaires).

Sur le plan du Code du Travail, le travail de nuit est très bien réglementé : il correspond à tout travail ayant lieu entre 21 heures et 6 heures et sa durée ne devrait pas excéder huit heures en moyenne par 24 heures avec une certaine régularité pendant ces périodes. Néanmoins, il peut être dérogé à cette durée maximale dans la limite de 12 heures en cas de circonstances exceptionnelles (et sous certaines réserves prévues par le code du travail).

Concrètement, le meilleur moyen de quitter rapidement son poste de sécurité consisterait à se faire déclarer inapte de façon temporaire (pour raisons de santé) par un Médecin (et le Médecin du travail qui était présent de surcroît) pour une urgence médicale dûment constatée et nécessitant son orientation vers son Médecin traitant ou une unité de soins externe pour un arrêt de travail éventuel. Notre Médecin du travail était-il dans cette configuration au moment des faits ou s'agissait-il réellement d'une urgence médicale de type malaise grave, AIT ou grande fatigue consécutive à un travail de nuit devant bénéficier dans tous les cas d'un niveau de protection en matière de santé et de sécurité adapté à la nature de la tâche.

Notre Médecin du Travail en position très délicate examine le salarié : l'examen clinique est strictement normal, le patient n'est pas fébrile, un électrocardiogramme pratiqué dans l'urgence est également normal malgré l'absence de toute symptomatologie cardiaque, une GAD est normale ainsi que les bandelettes urinaires. Le salarié est déclaré Apte à reprendre son poste (avec une prise de paracétamol pour sa migraine), un bon café et une proposition pour se reposer quelques minutes à l'infirmerie, proposition qu'il décline pour préférer rejoindre son poste resté vacant en prétendant aller nettement mieux !.

Pour la petite histoire et au moment de rejoindre son poste après cette consultation (qui avait duré quand même une trentaine de minutes), le fameux remplaçant (contacté dans l'urgence par le responsable de la sécurité) était déjà arrivé bien avant 10 heures du matin; et notre salarié "malade" était finalement rentré chez lui après seulement 2 heures de prolongation de sa période de travail posté.

Enfin, rappelons pour mémoire que les travailleurs de nuit sont soumis à une Surveillance Médicale Renforcée (ou Spéciale) de la part du Médecin du travail, celle ci a été maintenue (tous les 6 mois) même après les modifications du 1er juillet 2012. En outre, le Médecin du travail dans le cadre de ses missions dispose de moyens particuliers de suivi de ces salariés grâce à :

* son information de toute absence pour cause de maladie de ces derniers

* sa consultation avant toute décision importante concernant la mise en place ou la modification de l'organisation de leur travail

* son analyse des éventuelles répercussions sur la santé des conditions du travail nocturne et sa rédaction d'un rapport annuel d'activité traitant du travail de nuit.