diabetes

Quand vous procédez à une visite médicale d'embauche même en secteur tertiaire, vous n'avez malheureusement aucun accés fiable aux antécédents médicaux de la nouvelle recrue, le ou la jeune candidat(e) à l'embauche essayera par tous les moyens de vous cacher toute ancienne ou nouvelle pathologie notable, grave ou même insignifiante y compris une amygdalectomie à l'âge de 5 ans "on ne sait jamais" ! Pourtant, exceptionnelles sont les inaptitudes médicales à l'embauche en secteur tertiaire en dehors de cas avérés de psychoses ou de maladies psychiatriques impossibles à équilibrer par des traitements médicaux. Même des handicaps physiques assez sévères peuvent être tolérés pour un travail de bureau (déficit moteur jusqu'à la paraplégie sur fauteuil roulant) ainsi que tous les types de diabètes bien équilibrés (y compris bien sûr le type 1).

J'ai croisé plusieurs jeunes candidats à l'emploi dans le tertiaire qui craignent de dévoiler une atteinte par un diabète de type 1 et qui n'en parlent pas durant la visite médicale d'embauche de peur d'être déclarés inaptes au poste. Ce n'est parfois que 2 ou 3 années plus tard qu'ils en parlent lors de visites médicales périodiques ultérieures et une fois leur titularisation concrétisée au sein de l'entreprise. Si la demande d'examens complémentaires utiles pour affirmer une aptitude à l'embauche demeure du ressort seul du Médecin du travail et laissée donc à sa diligence pour la plupart des postes au sein d'une entreprise, seuls quelques postes de travail voient leur décision d'aptitude réglementée par le code du travail ou le code de la sécurité sociale et pour lesquels des examens de sang sont obligatoires; dans tous les cas il ne s'agit pas de postes de sécurité non plus (y compris de conduite ou de gardiennage) qui demeurent non soumis à une liste exhaustive d'examens complémentaires, encore moins de simples postes (même isolés) dans le secteur tertiaire.

Rappelons à ce titre ce que stipule la Loi : « Le médecin du travail peut prescrire les examens complémentaires nécessaires :
* A la détermination de l'aptitude médicale du salarié au poste de travail notamment au dépistage des affections comportant une contre-indication à ce poste de travail ;
* Au dépistage d’une maladie professionnelle ou à caractère professionnel susceptible de résulter de l’activité professionnelle du salarié ;
* Au dépistage des maladies dangereuses pour l’entourage du salarié. »

En parlant de postes à connotation sécuritaires, il faudra évoquer entre autres : Travail posté de gardiennage ou de sécurité (dont le travail de nuit); Chauffeurs (véhicules légers, poids lourds, transport en commun, chariots élévateurs); Travail en hauteur; manipulation d'outils dangereux ou de courants de haute tension; Agents en poste de contrôle et de sécurité (dont vidéo-surveillance et aiguilleurs) et tous les postes de travail isolés en général. Toute Aptitude à ces postes pourrait être théoriquement remise en question par le Médecin du Travail (au cas par cas) en cas de diabète non équilibré, compliqué ou chez un salarié présentant en particulier des malaises hypoglycémiques.

Notre article s'inspire en fait du réel quotidien d'une entreprise du tertiaire, celle ci 20 ans en arrière avait embauché un jeune informaticien affecté en salle d'ordinateur central d'un grand organisme financier. J'avais à l'époque visité cette fameuse salle ultra sécurisée et dont la grande unité centrale stockait une multitude de données financières très sensibles, trois jeunes informaticiens s'y relayaient tout le long de la journée et surveillaient tout bug éventuel, cependant j'ignorais à l'époque (ou du moins personne ne l'avait porté à ma connaissance) que le soir et un jour sur deux 2 jeunes salariés du même service assuraient une permanence de nuit au niveau de cette grande salle d'ordinateur afin de parer à tout problème. Il s'agissait en fait d'un poste de travail isolé et l'une parmi les 2 jeunes recrues qui y était affectée était diabétique insulino-dépendant (chose qui n'avait pas non plus été portée à ma connaissance par l'intéressé lors de sa visite d'embauche). Le salarié finit un jour par présenter un malaise hypoglycémique en pleine nuit et ne fut découvert par une ronde de sécurité que près de 40 minutes plus tard ce qui avait nécessité l'intervention nocturne des pompiers sur les lieux du travail pour le perfuser et lui faire reprendre connaissance.

Une enquête interne avait bien sûr été diligentée par la Direction et trois questions principales revenaient à l'esprit de tous (Direction et bien sûr Syndicat et CHSCT) : Pourquoi le salarié n'était pas connu de la Médecine du Travail comme porteur d'un Diabète Type 1 ?  Pourquoi un poste de travail isolé et de nuit de surcroît n'avait pas été signalé à la Médecine du Travail ? et Pourquoi un bilan sanguin minimal (avec une glycémie) n'avait pas été recommandé par la Médecine du Travail lors de la visite médicale d'embauche afin de dépister un éventuel diabète ?

Les réponses étaient bien sûr toutes liées les unes aux autres : si l'affectation exacte (travail isolé de nuit 1 jour sur 2) avait été communiquée au Médecin du Travail, peut être que cet incident aurait pu être évité. Je dis bien peut être parce que même une glycémie à jeun chez un diabétique sous insuline peut s'avérer tout à fait normale et un contrôle de glycosurie aux bandelettes urinaires également, de même un interrogatoire (jusqu'à être policier) de la nouvelle recrue par la Médecine du Travail sur ses antécédents pouvait se solder par un échec si le jeune salarié avait décidé de museler l'information. Maintenant, lorsque l'employeur est prêt à payer un bilan sanguin de dépistage à l'embauche pourquoi s'en priver après tout le tollé soulevé par cet incident ! Depuis ce jour, un bilan sanguin succinct devenait systématique pour toute nouvelle recrue au sein de l'entreprise destinée à un poste de travail à connotation de sécurité (chauffeurs, agents de sécurité, électriciens, conducteurs d'engins de manutention et même agents d'hygiène et de nettoyage) ou à un poste de travail isolé (de jour comme de nuit).