Médecin Bilan de Santé

J'ai considéré 3 années de recul pour évoquer ce problème particulier aux nouvelles recrues ayant bénéficié d'une visite médicale d'embauche. Mon évaluation concerne près de 500 visites médicales effectuées en 2015 dans le cadre de plusieurs recrutements effectués par des entreprises du secteur tertiaire dans le cadre de leur croissance. A noter que tous les candidats ont été déclarés aptes à leurs postes respectifs et que la visite médicale a été effectuée par le médecin du travail lui même sous forme d'un entretien préalable (interrogatoire médical, antécédents personnels et familiaux et modes de vie) puis une visite médicale classique complétée par certains examens complémentaires (visiotest, ECG et bandelettes urinaires voire bilans sanguins).

Revenons sur l'interrogatoire médical de ces candidats (moyenne d'âge 28 ans) : Si l'on devait se fier aux seules questions posées, dans 99% des cas les réponses étaient négatives (RAS) en l'occurence et aucun antécédent médical ou chirurgical de notable en majorité (y compris bien sûr concernant les antécédents familiaux). Tous les candidats seraient en excellente santé, même pas des antécédents ORL, pas de chirurgie, aucune allergie à signaler. Pour une bonne partie des candidats, des mentions complémentaires ont été rajoutées au dossier médical (rubrique antécédents) à l'issue de l'examen médical qui avait permis de relever des cicatrices d'interventions chirurgicales antérieures ou de la pose de drains (en cas d'interventions sous coelioscopie); de même des mentions de terrain allergique ou tabagique (asthme, rhinite, BPCO...) ont été également rajoutées après examen médical (auscultations pulmonaires) ainsi que d'autres antécédents médicaux non signalés par les intéressés eux mêmes (tels que diabète type 1 ou RAA) découverts grâce aux examens complémentaires.

L'explication de ce constat nous a été fournie par l'un des salariés, un jeune homme de 30 ans revu 3 ans plus tard à l'occasion d'une visite médicale de reprise du travail suite à un arrêt de travail prolongé et au cours de laquelle une inaptitude au poste de travail initial (dont la tâche nécessitait des accès fréquents à un local d'archives empoussièré) fut rapidement prononcée devant la recrudescence de problèmes pulmonaires sévères (allergie non professionnelle à l'origine de crises d'asthme aigu graves nécessitant souvent le recours à des hospitalisations pour apport d'oxygène et traitement systémique). A noter qu'en dehors de ses crises, le salarié présentait un profil tout à fait normal avec une auscultation normale et même une radiographie des poumons correcte. Cette pathologie n'avait pas été bien sûr signalée au moment de sa visite médicale d'embauche, le salarié prétendant qu'un mot d'ordre avait circulé pour ne rien communiquer ni transmettre comme informations médicales au médecin du travail ni au personnel de la médecine du travail de peur d'être recalé à la visite d'aptitude !

Cette observation nous interpelle de nouveau sur la réelle utilité de la visite médicale d'embauche concernant certains secteurs dépourvus de risques particuliers dont notamment le secteur tertiaire, en effet faire bénéficier ces nouvelles recrues (pour ce cas précis) d'une simple visite d'information et de suivi (comme institué en France avec la réforme Loi Travail depuis le 1er janvier 2017) n'aurait finalement pas changé grand chose, puisque cette dernière comprend de toute façon un volet "interrogatoire" sur l'état de santé du salarié outre les volets information sur les risques, sur les droits aux visites médicales et sensibilisation aux moyens de prévention.

Faut-il pour autant opter à faire procéder à des interrogatoires de santé plus ciblés voire "policiers", je ne le pense pas même en ciblant les antécédents de pathologies probablement incompatibles avec le poste convoité car dans tous les cas le médecin du travail ou à défaut le professionnel de santé demeureront tributaires du bon vouloir de la nouvelle recrue voire de sa bonne foi. Par contre les informer du degré d'impact de certains de leurs antécédents médico-chirurgicaux sur l'aptitude médicale actuelle au poste serait plus opportune afin de mettre en confiance et rassurer ces candidats dont un message de prévention et d'information devrait être le maître mot de cette visite médicale d'embauche dans sa version antérieure ou post réforme. Je n'ai pas de chiffres concrets, mais je constate que bon nombre de médecins du travail (services autonomes et même interentreprises) continuent à effectuer eux mêmes leur classique visite médicale d'embauche en changeant simplement l'intititulé qui devient "visite d'information et de suivi" dont moi !