laboratory_technician_at_the_work  En France comme en Tunisie, pour exercer la Médecine du Travail il faut être détenteur d'un Diplôme de Spécialité : CES, DESS ou bien sûr DES de Médecine du Travail. En Tunisie, beaucoup de confrères rechignent encore à l'admettre et devant la passivité, l'ignorance ou la complicité de certains employeurs, ils continuent encore à souscrire des contrats de Médecine du Travail, généralement non agréés par l'Inspection Médicale du Travail bien sûr et à exercer ce métier dans des conditions plus que douteuses en ignorant les abc de la Médecine du Travail ou en exerçant de la Médecine Curative ou de la Médecine de Contrôle plus proche de leurs connaissances et surtout des préoccupations de leurs employeurs.

Pourtant la Réglementation Tunisienne est on ne peut plus claire : Code du Travail au niveau de son Article 155 (nouveau): "les médecins des services de médecine du travail sont recrutés, sauf empêchement parmi les médecins spécialistes en médecine du travail. Le recrutement est soumis à l'approbation de l'inspection médicale du travail territorialement compétente" ; mais aussi le Décret n° 2000-1985 du 12/9/2000 portant organisation et fonctionnement des services de médecine du travail au niveau de son Article 26: "les médecins des services de médecine du travail sont recrutés, sauf empêchement parmi les médecins spécialistes en médecine du travail. Le recrutement a lieu dans tous les cas par un contrat de travail écrit et est soumis à l'approbation de l'inspection médicale du travail territorialement compétente". Faut-il en conclure que la majorité des Médecins du Travail que je connais personnellement sur le grand Tunis ou sur des grandes villes (Généralistes ou détenteurs d'autres spécialités mais pas la Médecine du Travail en tout cas) ont tous été recrutés du fait d'un empêchement ? (sous-entendant évidemment l'absence de détenteurs de la Spécialité sur la région concernée) , non bien sûr : les recrutements par des critères de qualification sont malheureusement rares et il est temps que l'inspection médicale du travail se penche sur ce problème pour remettre bien des pendules à l'heure.

Je vous soumets cette article suite à une discussion fortuite que j'ai eu avec le responsable d'une entreprise industrielle dont je taierai le nom mais dont les employés sont censés manipuler des produits chimiques, des produits toxiques, des solvants et dont la plupart sont soumis à une SMS (Surveillance Médicale Spéciale) et portent au cours de leur travail une protection individuelle obligatoire ; ce Monsieur se plaignait du comportement "inadéquat" d'un Médecin Inspecteur du Travail qui lui avait refusé l'agréement de 2 contrats relatifs à ses Médecins du Travail pour absence de qualification en Médecine du Travail. Il n'arrétait de me marteler que ces 2 Médecins étaient des "Professeurs" l'un en Pneumologie et chef de service de surcroît et l'autre également mais en Médecine Interne comme si des connaissances en Pneumologie, Cardiologie ou autres Spécialités allaient résoudre des problèmes d'exposition à des produits chimiques ou dangereux, ou à la prévention des risques professionnels en milieu industriel. En fait, pour cet employeur il s'agirait simplement d'une question de niveau d'études et de notoriété : selon lui, si on est Professeur, on connaît donc tout ! et pourtant ces 2 Spécialistes ne sont ni compétents ni qualifiés pour exercer la Médecine du Travail ne serait-ce même pour donner un Avis d'Aptitude adéquat à un poste déterminé; et le Médecin Inspecteur avait raison. Il y avait donc un peu de complicité et beaucoup d'ignorence de la part de cet employeur. (NB : j'ai sciemment changé les spécialités des 2 Médecins par respect pour mes maîtres afin de ne pas les reconnaître !).

Espérant que de telles situations (puisqu'il en existe trop souvent encore) seront régularisées à trés court terme, d'autant plus que cette anecdote (à mes yeux), et cette évidence (aux yeux de mon interlocuteur) remontent à quelques années déjà et pour la petite histoire les contrats des 2 médecins avaient tout de même été agréés par la suite et en hauts lieux suite à des pressions accrues de l'employeur et justement grâce à la notoriété de ces 2 ex patrons hospitalo-universitaires à l'époque. Bien sûr ils n'avaient pas été agréés par notre valeureux Médecin Inspecteur du Travail qui a convenablement appliqué la Réglementation. Et dire que ce responsable me présentait cette anecdote comme une défaillance de l'ancien système en place (à ses yeux !) : Je constate finalement que la rubrique Promotion, Sensibilisation, Information et Formation du Patronnat en Santé et Sécurité au Travail demeure de plus en plus d'actualité.