daisy_et_donald_dispute

Le tableau est assez habituel et bien connu des services de Médecine du travail : le salarié qui se présente "en pleurs" tout seul ou accompagné d'un collègue le plus souvent, suite à une vive altercation ou parfois même une rixe (avec ou sans échanges de violences physiques). Je n'aborderai pas le chapitre du salarié qui se dit "persécuté" ou "harcelé" par son supérieur hiérarchique et je m'en tiendrai pour ce post aux altercations entre collègues.

La dernière en date qui m'ait été rapporté est un jeune homme qui vient d'abord consulter l'infirmier du travail en pleine crise de nerfs et d'agitation (cris, insultes, logorrhée) et ce suite à un échange verbal assez vif avec sa collègue de bureau en prétendant qu'ils allaient en venir aux mains si ce n'était l'intervention d'autres collègues pour les séparer. Le salarié insiste pour une prise de tension artérielle et il s'avérait effectivement qu'elle était assez élevée (17/10) pour un Monsieur qui prétend ne jamais dépasser (12/7) habituellement. Il est donc reçu par le Médecin du travail qui confirme le "pic" tensionnel et l'absence de toute autre symptomatologie notable ainsi que la normalité de son examen clinique. Une lettre de liaison est dressée et le salarié est adressé à son Médecin traitant pour découverte d'une HTA probable, bilan et explorations éventuelles de principe. Entre temps, il reçoit un sédatif, se repose à l'infirmerie et sa tension est ensuite contrôlée à (14/8.5) après 20 minutes de repos. Il est donc relâché.

L'incident semblait donc clos pour le Médecin du travail sauf que le salarié revient une heure plus tard accompagné d'autres collègues (dont un membre du syndicat) pour revendiquer une "suite à son dossier" de la part de la Médecine du travail. A ce titre le "groupe" réclame : 1. Un rapport écrit du Médecin du travail pour découverte d'un pic hypertensif conséquence d'une altercation avec un autre salarié (en quelque sorte, un CMI pour coups et blessures !) 2. Une prise en charge financière par l'entreprise et donc par le Service de Santé au travail des frais de soins à prévoir (consultations diverses dont le Médecin Traitant, bilans et explorations éventuelles, traitements) le tout dans le cadre d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. 3. Une saisine du Département des Ressources Humaines pour prendre les mesures disciplinaires qui s'imposent à l'encontre de l'autre salarié "fautif".

Évidemment toutes ces revendications me portent à sourire sans plus et en aucune manière ne sont recevables pour ce cas particulier, sauf qu'il était nécessaire d'expliquer calmement et clairement au "groupe" l'absence de tout bon sens à leur requête et la position exacte de la Médecine du travail au sein de ce conflit. La conduite adoptée par le Médecin du Travail fut la suivante :

Par rapport au 2ème point : il n'y a pas eu de lésions corporelles occasionnées vue l'absence heureusement de violences physiques, il n'y a donc pas accident du travail pour cette situation en particulier; le pic hypertensif ne pouvant être assimilé à une lésion corporelle. Quant au 1er point : il n'y a pas accident du travail et donc pas de CMI (certificat médical initial) éventuel à rédiger par un Médecin (Médecin Traitant ou Médecin du travail) afin de décrire les lésions éventuelles sans pour autant préjuger des causes éventuelles ou des circonstances; toute maladie professionnelle est bien évidemment exclue : aucun tableau de HTA "d'origine professionnelle" de prévu pour ce genre de situations et au pire rien ne pouvait éliminer de façon catégorique l'absence d'antécédents ou de "fond" hypertensif ou de HTA latente ou méconnue chez ce salarié de toute façon. Enfin concernant le 3ème point, une simple information du DRH ou du service Ressources Humaines demeure possible si l'incident avait été grave avec violences physiques ce qui n'était pas le cas pour ce salarié, le problème relevait donc d'un conflit interne au service ou au département concerné et de son Manger et normalement le Médecin du travail n'a pas à s'impliquer dans ce genre de querelles ni à prendre partie pour quiconque (à moins que les raisons de l'altercation ait un rapport avec des conditions de travail, une qualité ou un bien être au poste tels que facteurs ergonomiques, chauffage, climatisation ou aération, tabagisme, harcèlement ou autres).