Medicine_Louvre

Être Médecin du Travail en Service Médical Autonome et de surcroît à temps plein vous place directement en première ligne face aux préoccupations du salarié en matière de santé en général. Vous êtes selon lui disponible pendant la totalité de ses heures de travail; vous êtes "gratuit", facilement accessible et vous constituez une prestation médico-sociale parmi d'autres mise à la disposition des employés par l'employeur . Parmi les Visites médicales facultatives assurées par le Médecin du travail, la visite à la demande du salarié ou plus communément appelée "visite médicale spontanée" constitue un droit pour le salarié prévu par la législation et qui pourrait vous occasionner maintes déboires si vous refusez de l'assurer (pressions des délégués du personnel, DRH et j'en passe).

Je reçois donc un salarié en visite médicale spontanée pour "officiellement" un conseil d'orientation en consultation spécialisée. En fait le patient présente une hyperplasie bénigne de la prostate, il a déjà consulté un Spécialiste en Urologie et il est déjà programmé pour une intervention chirurgicale à très court terme avec le dit Spécialiste. Le but de sa visite spontanée consiste à recevoir des explications sur les détails suivants : en quoi consiste exactement son intervention chirurgicale (voie d'abord, technique etc...), comment se fait l'anesthésie (locale, loco-régionale ou générale), les conséquences éventuelles de cette intervention (y a t-il des risques d'incontinence, impuissance, baisse de libido, infections etc...) et d'une façon générale qu'est ce qu'une hyperplasie de la prostate sur un plan purement anatomique. En fait je n'étais pas très surpris par ce genre de questions, et ce n'est ni la première ni la dernière fois qu'un Médecin Traitant omet ou peut être "ne trouve pas le temps" nécessaire pour expliquer à son patient sa maladie et comment la traiter (en particulier avec les chirurgiens qui paraissent assez souvent très pris ou pressés par le temps).

Une fois le volet médical expliqué au salarié en sachant que le Médecin du Travail ne peut se substituer au Médecin traitant et qu'il était donc censé lui énumérer toutes les hypothèses et techniques chirurgicales et anesthésiques éventuelles, en le renvoyant vers son Médecin pour en connaître celle qui lui est réellement indiquée; le patient aborde ensuite avec moi le volet social relatif à la prise en charge de l'intervention chirurgicale; ces renseignements sont habituellement délivrés soit par une Assistante Sociale (en entreprise), soit par le même Médecin traitant ou à défaut par la structure de soins qui prendra en charge le patient. Une brochure spécialisée de la Caisse de Sécurité Sociale est la aussi présentée au salarié et des explications fournies quant aux modalités de prise en charge par le Médecin du Travail, sa pathologie étant inclue au sein de la liste des affections chirurgicales prises en charge par l'Assurance Maladie.

Bien sûr le Médecin du Travail demeure tout à fait libre de refuser de délivrer toutes ses explications, puisque officiellement cela ne fait nullement partie de ses prérogatives. Un confrère et lecteur de ce Blog avait commenté un post ces derniers jours pour me signifier "qu'il réussissait à bien délimiter ses actes et compétences jusqu'à finalement convaincre les salariés de la dangerosité d'éventuels dépassements" ; je pense moi que même en Médecine du Travail il peut exister une vraie relation "Médecin - Malade", elle est même parfois aussi forte qu'en Médecine Curative de ville, et en particulier avec les Médecins du Travail à temps plein qui finalement finissent par faire partie du paysage familier du quotidien des travailleurs. J'estime que lorsque l'emploi du temps le permet, l'on peut délivrer un plus aux salariés sans engager sa responsabilité et sans "marcher" sur les plates-bandes des confrères trop "débordés".