Bus_Place_Garibaldi_Nice

Après 25 ans de carrière, je n'ai jamais déclaré une Inaptitude Totale à tout poste à aucun salarié. De même, toutes les inaptitudes à un poste donné prononcées par mes soins l'ont été avec des propositions d'Aménagement de poste ou de Reclassement Professionnel et elles ont toujours et dans tous les cas de figure abouti à un aménagement ou à un changement de poste quelque soit l'entreprise  : publique, privée, PME ou grande entreprise ou multinationale; mais notez au passage que 99% de ma carrière ont été effectués en Services Autonomes ce qui permet en fait de nouer des liens et surtout de peut être se sentir "plus" concerné par une plus grande proximité avec les Managers, les Décideurs, les Syndicats et les salariés en général.

J'estime que tout se joue lors de la Visite Médicale de Pré-Reprise; et lorsqu'il s'agit de cas sérieux et justifiés médicalement (ou parfois même socialement) il est nécessaire de mettre en place un certain degré de complicité entre Médecin du Travail et salarié et pourquoi pas Médecin Traitant parfois. Personne ne nous empêche nous en tant que Médecins du travail de rester en contact avec un salarié durant son Arrêt Maladie ou du moins les quelques semaines ou jours précédents sa reprise du travail éventuelle et de procéder ainsi à une coordination de son Aptitude en fonction du pronostic et de l'évolution de sa maladie ou de ses séquelles et pourquoi pas de jouer à l'Assistante Sociale ou de l'intermédiaire avec la Direction pour des concertations en coulisses, et oui où est le problème ? Si cela permettrait de sauver la carrière professionnelle d'un père de famille ou d'empécher la détresse de toute une famille.

Parce que le cas du chauffeur de bus de Nice âgé de 46 ans et licencié suite à un AVC pour officiellement "absence de possibilités de reclassement professionnel" suite à un avis d'inaptitude émis par le Médecin du travail me révolte moi en tant que Médecin du travail, et je dirais même me révolte au delà de ce que ressentirait un syndicaliste pur et dur ! Parce que une fois l'inaptitude prononcée et le Reclassement proposé, que peut faire le syndicat si la volonté de le licencier par l'employeur est acquise ? Rien en fait, toute la législation en place ne servirait alors que la cause de cet employeur : lui qui passe par des difficultés financières, qui lutte contre des plans sociaux et qui fait le tour de tout son groupe et même au delà pour caser son salarié handicapé ! c'était donc en amont qu'il fallait agir : d'aprés les dires de l'intéressé qui s'est confié au journal Nice-Matin, cet ancien chauffeur avait été immédiatement recasé suite à son AVC à un poste de gardien, donc à un poste sédentaire et à temps partiel (de jour), il y aurait donc eu visite médicale de reprise à un poste de gardien (dont personne ne parle d'après l'article), ou sinon pourquoi cette fameuse visite médicale aboutissant à une inaptitude avec Reclassement aurait-elle eu lieu en février 2012 bien après qu'il ait été recasé en gardien ? dans quel contexte légal a donc été effectuée cette visite médicale finalement ? Moi-même je l'ignore, dans tous les cas s'il s'agissait d'une visite médicale de reprise du travail je l'aurait déclaré en ma qualité de Médecin du Travail "Inapte à la conduite professionnelle de bus, Apte à son poste actuel de Gardien (sur horaire régulier, pas de travail de nuit, temps partiel vue invalidité catégorie 2 Sécurité Sociale)" et j'aurais attendu la réaction de la Direction à cette conclusion d'aptitude !

D'après les syndicats, jamais pareils cas n'ont été licenciés par d'autres boites qui ont toujours trouvé des solutions de Reclassement Professionnel à leurs employés après un AVC; et malgré le tapage médiatique : Nice-Matin puis France 3 et malgré le tollé syndical soulevé par cette affaire dans toute la France, l'entreprise a quand même maintenu sa décision et a même refusé de commenter la procédure. Plein de questions restent sans réponse finalement : Quel rôle a joué la Médecine du Travail dans cette affaire (était-elle au courant du reclassement au poste de gardien ou y a il eu des pressions ?); le poste de gardien au parking Vauban par exemple avait-il été créé un temps sur mesure pour ce salarié ou s'agissait-il d'un poste permanent et nécessaire à l'entreprise (parce que à ma connaissance, moi qui prends assez souvent le bus à la station Nice Vauban, je ne vois jamais de gardien devant la barrière qui est d'ailleurs automatique et télé-actionnée par le chauffeur de bus lui même de jour comme de nuit); quel rôle ont joué les syndicats assez nombreux et surtout divisés sur cette affaire par rapport à l'intéressé ?