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Un jeune de 32 ans gardien dans une entreprise de télécommunication est amené au service de médecine du travail pour un malaise survenu sur son lieu de travail qui se trouve être un parking interne réservé aux clients de l'entreprise. Il aurait présenté une sensation d'étourdissement en présence de ses collègues avec chute de sa hauteur suivie d'une hémiparésie et de troubles de l'élocution. Examiné par le Médecin du Travail qui était présent au moment des faits, celui ci notait un discret déficit moteur des membres inférieur et supérieur droit sans plus, pas de troubles sensitifs, une conscience parfaite mais avec une petite dysarthrie qui ne semblait pas récente; le reste de l'examen était normal. Une suspicion d'AIT était le premier diagnostic à évoquer malgré le jeune âge du salarié et l'absence d'antécédents médicaux notables et une intervention des pompiers fut décidée pour un transfert du patient en milieu spécialisé.

En attendant l'arrivée des pompiers, un interrogatoire du salarié avait permis de relever un syndrome dépressif latent datant de 2 semaines suite à une procédure de mutation de l'intéressé de son poste initial où il était gardien d'une succursale de l'entreprise vers un autre lieu situé presque dans le même quartier mais en tant que gardien de parking. Il ne s'agissait pas d'une sanction mais simplement d'une permutation périodique de postes de gardiennage au sein de l'entreprise. En fait le salarié  n'avait jamais accepté cette mutation et la vivait très mal presque comme une sanction ou une dévaluation de lui même. Il aurait déjà présenté le même malaise il y a 2 jours chez lui en famille. L'intéressé en pleurs regrettait son poste initial et n'arrivait pas à s'expliquer cette permutation ce qui pouvait évoquer des crises d'hystérie répétées à confirmer.

L'arrivée des pompiers et un nouvel interrogatoire par ses derniers les faisait orienter vers la crise H ce qui n'était pas du tout de leur goût de se faire déranger pour des "futilités" comme ils le disaient et "qu'ils avaient d'autres choses à faire" que de consoler un salarié furieux d'avoir été changé de poste de travail, et ce d'autant plus que plusieurs accidents de circulation étaient signalés sur l'autoroute (A7) à cause du brouillard et que plusieurs véhicules de secours des pompiers étaient requis ce même jour. Néanmoins au vu de la lettre de liaison du médecin du travail évoquant une suspicion d'AIT ou peut être de début d'AVC, le patient fut quand même emmené par les pompiers : destination officielle les urgences de Neurologie.

J'ai bien précisé "destination officielle" parce que renseignements pris le lendemain auprès des collègues du salarié (service de sécurité de l'entreprise), l'intéressé n'aurait jamais été transporté aux urgences en quittant l'entreprise mais aurait refusé de monter dans l'ambulance des pompiers et avait signé une décharge pour repartir de son propre chef avec sa lettre de liaison en vue de consulter le lendemain son médecin traitant et bénéficier d'une semaine d'arrêt de travail. Finalement s'agissait-il d'une grande simulation sans plus ou d'une crise d'hystérie avec conversion dans un contexte névrotique conséquence d'un certain degré de souffrance au travail, ou vraiment d'un cas sérieux d'hémiparésie entrant dans un cadre purement neurologique et exigeant à ce titre de passer en revue toutes les étiologies possibles ou probables d'une hémiparésie chez le sujet jeune (une cinquantaine de causes différentes à part l'AIT !) et ce en milieu spécialisé.

Ces urgences un peu particulières en milieu de travail posent à nouveau la problématique de la prise en charge des salariés présentant un état de souffrance particulière au travail ou de conflit professionnel et dont les différentes formes de malaises ne constituent en fait qu'une façon d'exprimer leur profonde souffrance auprès de l'employeur à travers le service de médecine du travail. Devant certains symptômes "graves", la conduite à tenir devra toujours être classique (même si une simulation est fortement suspectée) et l'appel aux secours extérieurs avec une sécurisation de l'urgence médicale sera de rigueur même si le plus souvent nous ferions grincer des dents nos confrères du SAMU ou des pompiers.