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Amel, 31 ans travaille comme téléopératrice au sein d'un Centre d'appel depuis 6 ans. Elle souffre d'une surdité de perception unilatérale d'origine non professionnelle puisque confirmée par des spécialistes en ORL suite à une récente hospitalisation pour crises d'acouphènes à répétition devenant presque permanents et obligeant la salariée à se placer en arrêt maladie durant 2 semaines. En fait, cette surdité accompagnée d'acouphènes étaient apparus bien avant son recrutement au Centre d'appel et n'avait probablement pas été détectée par la Médecine du travail au moment d'évaluer son aptitude à l'embauche au poste de téléopératrice.

Actuellement, son Médecin traitant ORL lui recommande un changement de poste afin d'éviter l'utilisation du micro-casque ainsi que l'oreillette même du côté sain pour prévenir toute éventuelle nouvelle lésion sur l'oreille valide (type choc acoustique ou autres) et lui délivre à ce titre un certificat médical confidentiel destiné au Médecin du Travail pour provoquer une procédure de modification d'aptitude au poste de travail.

Le Hic de l'histoire c'est que cette jeune femme ne rencontre pas son Médecin du Travail puisque la procédure ne l'y oblige pas (l'arrêt de travail n'est que de 15 jours d'ou l'absence d'obligation de visite de reprise du travail), elle cache sciemment son rapport médical délivré par son ORL et reprend normalement son travail à son poste habituel. 

En parallèle, elle nous contacte sur ce blog pour se renseigner sur les modalités d'un Aménagement de poste qu'elle pourrait obtenir grâce à une intervention de la Médecine du travail. Nous lui conseillons bien sûr de prendre l'attache de son Médecin du travail pour lui présenter son attestation médicale délivrée par son Médecin traitant ORL afin d'envisager une Aptitude avec Aménagement de poste sous forme d'une exemption du travail avec tout dispositif d'écoute (micro-casque, etc...), d'autant plus que ce Centre d'appel dispose de certaines plates-formes employant des opérateurs travaillant exclusivement en ligne et s'entretenant avec les clients par tchat direct ou par courriel.

D'abord il ne s'agit pas d'une proposition de Reclassement Professionnel même si l'intéressée change de plate-forme, puisque son travail ne change pas (elle sera toujours téléopératrice), seuls les outils de travail vont changer pour ce cas de figure. Le Médecin du travail devrait donc recommander une Aptitude avec Aménagement de poste avec Restriction de l'usage des dispositifs d'écoute (casque ou micro-casque), elle ne sera pas déclarée Inapte à son poste mais plutôt apte avec Restrictions. Ce principe de base de l'adaptation du travail au salarié est prévu par le Code du travail et trouve toute sa place à l'occasion de la visite de reprise du travail en général sauf cas particuliers comme celui ci où le salarié doit lui même solliciter l'intervention du Médecin du travail au moment ou après la reprise.

Toujours conformément au Code du travail, nous expliquons à cette jeune dame que l'employeur est tenu de prendre en considération ces propositions et en cas de refus de faire connaître les motifs qui s'opposent à ce qu'il y soit donné suite; mais la salariée demeure convaincue que ses managers vont refuser cette exemption et que son employeur va arguer l'absence de toute autre opportunité de vacance de poste sans micro-casque (ou poste à tchat direct) ou que l'aménagement proposé n'est pas compatible avec l'organisation actuelle du travail de l'entreprise. A bien examiner ces craintes évoquées par la salariée, elles demeurent justifiées et tout à fait plausibles, cette possibilité de refus ne peut être écartée et le dossier risque de rebondir chez le Médecin du travail qui ne pourrait envisager qu'une inaptitude au poste à moyen terme avec proposition de Reclassement rendant la procédure encore plus complexe et pouvant déboucher sur un malheureux licenciement !

Mais que proposer alors ? sur un plan pratique, il vaut mieux rechercher une solution à l'amiable par des échanges entre les différentes parties en faisant obligatoirement intervenir le Médecin du travail qui se chargerait à sa façon d'expliquer à la Direction les conséquences fâcheuses du non respect de ses recommandations et ce d'autant plus que le Médecin du travail bénéficie de certains atouts permettant d'évaluer les véritables opportunités de postes disponibles au sein de l'entreprise, en faisant notamment jouer le risque de faute de l'employeur (qui met ainsi en péril la santé du salarié) et qui pourrait ensuite se retourner contre lui par une prise d'acte ou une insuffisance de recherche de Reclassement (jurisprudence).