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Jusqu'à ces dernières années, le sujet de prédilection des DRH pour des salariés heureux et jouissant d'une meilleure qualité de vie au travail et leur principal indicateur afin de mesurer leur degré de bien être en entreprise était d'ailleurs l'absentéisme. Sauf que de récentes publications ont démontré que d'autres éléments pouvaient fausser cet indicateur : il s'agit du présentéisme et surtout du surprésentéisme.

Denis Monneuse est Sociologue, Spécialiste de la Santé au travail et vient de publier un ouvrage sur "le surprésentéisme" (De Boeck 2013); il le définit comme un comportement qui consiste à travailler alors qu'on est malade et qu'un arrêt maladie aurait été légitime et le distingue du présentéisme qui consiste à être présent dans l'entreprise sans travailler pour autant (une des causes pouvant être la maladie).

S'il parait simple de mesurer le taux d'absentéisme grâce au nombre d'arrêts de travail délivrés au sein d'une population donnée, il est au contraire difficile de mesurer le surprésentéisme au sein d'une entreprise car les salariés sont malades mais ne consultent pas ou se font soigner en refusant l'arrêt de travail prescrit. Les estimations actuelles (en l'absence de données fiables) par le biais d'une enquête de la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de travail en 2010 font état de 48% de Français ayant travaillés au moins un jour dans l'année alors que leur état de santé nécessitait un arrêt de travail pour raison de santé (la moyenne européenne étant de 40%).

Dans son étude, Denis Monneuse distingue 7 profils différents de salariés "contraints" candidats au surprésentéisme :

* Le dirigeant qui se veut exemplaire

* Le précaire qui craint pour son emploi ou son salaire

* Le passionné pour qui le travail est une source d'estime de soi

* Le contraint au sein d'une entreprise ou une forte pression sociale est exercée par la hiérarchie ou les collègues

* Le solidaire avec ses collègues afin de leur éviter une surcharge de travail en cas d'absence

* Le vrai malade porteur d'une pathologie lourde qui préfère maintenir un lien social ou évite d'abuser du "système"

* Enfin, l'indépendant qui craint pour son chiffre d'affaires

Nous allons aborder à travers ce post un cas concret de surprésentéisme et évaluer les conséquences de ce type de comportements : Notre salarié est un homme de 55 ans cadre supérieur au sein d'un établissement financier et chargé d'une fonction de responsabilité assez délicate dans l'entreprise. Il consulte en visite médicale périodique après une dizaine de rappels de convocations au cours desquelles il prétendait toujours ne pas avoir le temps de les assurer. L'examen est normal et aucune symptomatologie n'est décrite en dehors d'un tabagisme important et d'une HTA assez mal contrôlée par un traitement qu'il renouvelait spontanément sans suivi médical (toujours par manque de temps pour consulter), seul le bilan biologique objectivait une dyslipémie mixte non traitée et l'ECG était normal. Ce salarié avouait n'avoir jamais présenté un seul arrêt de travail depuis son recrutement dans l'entreprise, soit depuis plus de 25 ans et qu'il se reposait en moyenne seulement 7 jours par année au mois d'aout. Concernant sa tension artérielle anormale malgré le traitement, il argumentait un "stress" continu au travail, l'absence de repos qu'il ne pouvait s'offrir (parce qu'il se jugeait indispensable), des troubles du sommeil et une irritabilité exagérée qui lui est décrite par son entourage.  

Il est clair qu'au vu des résultats de sa visite médicale périodique, ce salarié constituait un candidat idéal à un dépistage cardiovasculaire au moins par un électrocardiogramme d'effort vu les facteurs de risque multiples énumérés : âge, stress, épuisement, dyslipémie, tabagisme et Hypertension artérielle. Il est donc orienté vers son Médecin Traitant sur un plan psychique (son surprésentéisme l'ayant conduit inéluctablement vers un état d'épuisement professionnel) et en parallèle vers la cardiologie pour une exploration cardiaque; son aptitude demeurait bien sûr en suspens malgré son insistance à continuer à assurer son travail tout en effectuant ses examens en externe toujours dans la même optique du surprésentéisme d'un dirigeant contraint et se voulant exemplaire.

Son épreuve d'effort s'était avérée positive et une coronarographie indiquée qui mettait en évidence un début de sténose d'artères coronaires ayant nécessité une dilatation et la mise en place de stents actifs pour ce patient. A ce propos, rappelons qu'une récente étude publiée dans l'Américan Journal of Epidemiology confirme le lien entre durée de travail exagéré et risque cardiaque; le stress au travail lui, est associé à une augmentation du risque de 23% d'infarctus et serait responsable en France de près de 4000 infarctus chaque année.

Pour ce salarié en particulier, la Médecine du travail aurait finalement réussi à "casser" ce cercle infernal dans lequel était plongé l'intéressé et à lui éviter des complications cardiaques plus sérieuses et notamment un infarctus qui aurait pu lui être fatal, ce qui dénote du rôle primordial des Médecins du travail afin d'inciter les travailleurs à s'arrêter plutôt que de dégrader leur santé à moyen terme et de détecter les situations d'épuisement professionnel conséquences de surprésentéisme pour notre cas particulier, lesquelles associées à la réduction d'autres facteurs de risque cardio-vasculaires (HTA, Lipides, Tabac) pourraient contribuer à la prévention de la maladie coronarienne. Certains auteurs vont jusqu'à suggérer que l'épuisement professionnel soit considéré comme un facteur prédictif de maladie coronarienne au même titre que les autres facteurs de risque énumérés, leurs récentes études ayant mis en évidence que le Burn Out pouvait être associé à un risque accru de 40% de risque cardiaque.